Introduction au parcours empirique

Afin de poursuivre notre parcours visant l’appréhension des modalités de l’intersubjectivité en interaction numérique, nous nous proposons de faire succéder à nos réflexions théoriques, des observations empiriques. Nous nous intéressons dans ce qui suit à l’étude de la rencontre entre plusieurs participants à un échange à distance. Plusieurs groupes se sont formés au cours de cet échange. Il nous a été possible de suivre et enregistrer les interactions de quatre de ces groupes. Nous cherchons à analyser le déroulement de leur rencontre depuis le tout premier énoncé émis en asynchronie au tout dernier échange en synchronie après deux mois de communication hebdomadaire. Cette analyse interdisciplinaire croise la linguistique et la phénoménologie. Nous proposons de mener une analyse interactionnelle multimodale et d’en dégager les implications phénoménologiques. Nous nous appliquons à appréhender la manière dont les identités sont construites et le contexte organisé dans ces interactions à distance, à partir de l’expérience des sujets. Il s’agit en premier lieu d’analyser les productions langagières multimodales et en second lieu de procéder à une réduction éidétique, à savoir dépasser les éléments empiriques, opérer un retour aux essences. En recourant aux théories précédemment développées, nous aurons l’occasion de discerner celles qui sont immédiatement opérantes sur ce type d’interaction de celles qui ne le sont pas ou peuvent être révisées.

Nous cherchons à observer notre objet d’étude, l’identité en interaction numérique, sous plusieurs angles :

  • L’organisation séquentielle et le traitement des façades et décors ainsi que le cadre de l’expérience
  • La progression thématique des productions interactionnelles et la satisfaction des besoins liés au processus identitaire,
  • La réduction éidétique et l’énaction sujet-espace-temps.

Aux vues de la multiplicité des interactions au sein d’un groupe au cours des deux mois de la rencontre et de la diversité des angles d’analyse, et dans l’optique d’éviter longueurs et redondances, nous portons notre attention sur deux groupes de trois participants chacun (les deux groupes pour lesquels nous possédons le plus de données enregistrées). L’analyse de la rencontre du premier groupe – trinôme composé d’Élise[1] à Lyon et Judy et Sharmila à Berkeley – nous donnera l’opportunité d’éprouver les théories développées en première partie. Après avoir présenté nos résultats d’analyse, l’étude d’un second groupe – trinôme composé d’Hernando à Lyon et Carly et Elaine à Berkeley – sera l’occasion de vérifier la pertinence de nos résultats et de faire de nouvelles propositions théoriques.

Le contexte des ouvertures que nous étudions ici est le suivant : les participants au cours de didactique des langues à Lyon et à Berkeley ont posté sur un forum dédié (Bspace, plateforme de l’université de Berkeley) chacun un message consistant en de courtes présentations de soi et ont répondu aux présentations qui ont attiré leur attention. La semaine suivante, ils ont échangé par tchat (toujours sur Bspace) durant une séance d’une heure avec les participants de leur choix. Dans un troisième temps les participants ont interagi par vidéo synchrone (via Skype). Les interactions vidéo ont eu lieu une fois par semaine pendant six semaines durant une heure. Ce sont les mêmes trinômes qui ont interagi ensemble pendant six semaines, ces trinômes étant issus des affinités créées sur le tchat. L’objet principal des discussions est la didactique des langues, mais d’autres thématiques relevant de la rencontre interpersonnelle (vie du quotidien, loisirs, expériences, etc.) sont abordées au cours des échanges. Notre analyse porte sur l’ensemble des messages émis par les participants étudiés sur le forum et sur les séquences d’ouverture et de clôture de l’unique interaction par tchat et celles de la première et de la dernière interaction par visio.

Rappelons que bien que la rencontre des participants ait pour origine le cours de didactique des langues, notre analyse ne concerne pas l’aspect didactique mais relève des modalités linguistiques et phénoménologiques de l’intersubjectivité en interaction numérique.


[1] Pour respecter l’anonymat des participants, nous recourons à des pseudonymes.


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