Introduction aux résultats d’analyse

Nous débutions notre parcours d’appréhension des modalités de l’intersubjectivité en interaction numérique par une problématique : comment les identités se co-construisent-elles et évoluent-elles au cours d’interactions multimodales par écran ? Et des interrogations connexes : comment le contexte de production langagière participe-t-il de ces constructions identitaires ? Comment définir cet environnement d’interaction numérique ? À quelles ressources les interactants ont-ils recours pour négocier les identités ? Quelles adaptations linguistiques et corporelles sont nécessaires pour interagir numériquement ?

Notre analyse de la rencontre du trinôme formé par Émilie, Jenna et Shalini, témoigne d’une collaboration entre les acteurs de l’interaction – Soi, Autrui et l’outil – indispensable à la définition de la situation d’interaction et des identités, à l’émergence des espaces-temps et des sujets à l’écran, au maintien du flux interactionnel. Ce ne sont pas simplement les contextes qui font les identités, ni à l’inverse les identités qui font les contextes mais ils s’énactent mutuellement au cours de l’interaction. Avant la rencontre, les participants n’existent pas les uns pour les autres. Les séquences interactionnelles observées consistent essentiellement à prendre existence aux yeux d’autrui pour ensuite se connaître et reconnaître mutuellement. Ces stades se succèdent en concomitance avec le processus de co-identification au cours duquel des identités potentielles se réelisent et la distance entre identité pour soi et identité pour autrui se réduit. Cette énaction des identités et de la relation interpersonnelle qui se réalise dans un cadre particulier, celui de la rencontre à distance, nécessite pour être pertinente une définition de la situation d’interaction. À cette fin, les interactants aménagent, d’abord chacun dans son propre décor puis en collaboration par écran un espace-temps interactionnel satisfaisant pour la bonne conduite de la rencontre. Les définitions des sujets et des lieux sont subordonnées aux affordances et produites à partir des ressources disponibles – composants de décor et émissions voco-posturo-mimo-gestuelles. Pour que ces derniers soient transmis à l’interlocuteur, les locuteurs doivent réaliser des activités multimodales – techniques, discursives, corporelles. Nous développons dans ce qui suit ces modalités d’émergence des sujets, espaces et temps de l’interaction, observées au cours de notre analyse linguistique et phénoménologique. Nous proposons plus précisément de présenter les spécificités des séquences et phases interactionnelles, définir l’aménagement des décors et façades, développer les processus énonciatifs à l’œuvre dans la co-construction identitaire, dégager les modes phénoménologiques d’inter-énaction des sujets, des espaces-temps et de leurs relations dans la rencontre.


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